La sécurité, un produit comme un autre

Lorsqu'on a quelque chose à vendre, quoi de plus facile que d'invoquer la sécurité. Et donc la peur. La plupart des moyens utilisés sont présentés comme étant la solution protectrice mais, de par leur omniprésence et leur caractère incontestable, servent du même souffle la propagande de la dite menace. Ce qui est quand même pratique pour vendre des assurances, un état d'urgence ou, histoire de paraître moins ringard, de la sécurité par la vidéo-surveillance.

En d'autres mots, le simple fait d'installer des caméras de surveillance instaure dans les esprits un climat de méfiance aussi durable qu'incisif.

Notons que le marketing de la peur est tellement puissant qu'il est dans ce cas totalement inutile d'être un consommateur avisé. Même si vous découvrez la supercherie, vous serez contraint, par la force de la loi ou de la coutume, d'acheter le produit ou d'adhérer à la cause qu'il représente.

Les locataires sous surveillance

Je réside dans un bâtiment locatif, dans la banlieue de Montréal (Québec). Au Canada, le mot banlieue rime plutôt avec des mots comme boulot, barbecue, dodo. Certains ajouteront ennui. Loin, à tout point de vue, de la favela brésilienne, du Honduras, voir même du centre-ville de Detroit. En fait, ici les agressions sont menées à coups de cartes de crédit et de barils de pétrole : on assomme son voisin en se payant une plus grosse piscine que lui et on combat la nature en démarrant un moteur à explosion pour n'importe quel prétexte.

Mais je m'égare. Disons qu'au milieu des feuilles d'érable, il y a beaucoup plus de chance de se faire bombarder par les déjections d'une outarde que de se faire braquer pour son billet de 20 dollars.

Il faut préciser que je réside dans cette agglomération depuis 15 ans dont 6 dans ce logement, avec conjointe et enfants. Nos moyens financiers, quoi que modestes, nous permettraient de déménager ailleurs et sans regrets si une mafia ou un pédo-nazi prenait le contrôle du quartier.

L'entrée principale est équipée d'un interphone et le numéro à composer pour appeler un locataire est différent du numéro de son appartement, ce qui est en soit une couche supplémentaire de sécurité ; certes faillible, mais largement suffisante dans le contexte.

Et pourtant, en ce début novembre 2016, la société gestionnaire/propritétaire des lieux a fait installer des caméras de surveillance autours des immeubles du complexe, dans les entrées et sous-sol. Il y en a même une au-dessus de la piscine (pour celle-ci, il va falloir me donner une maudite tabarnac de bonne excuse).

Alors on peut se demander quel est le but des propriétaires immobiliers lorsqu'ils installent un circuit de surveillance vidéo dans une zone paisible ?

Rassurer les locataires ? Encore faut-il qu'ils aient des craintes. Et puis on n'a encore jamais vu, en tout cas au Québec, des propriétaires dépenser de l'argent simplement parce que leurs locataires ont des craintes...

Prévoir un sombre avenir, prévenir le crime ? Là encore, rarement vue un propriétaire ici prévoir quoi que se soit, sauf quand cela arrange son portefeuille. Alors dépenser de l'argent pour prévenir une menace aussi hypothétique qu'improbable, surtout quand les locataires de demande rien...

« Protéger » des bâtiments haut de gamme qui auraient des escaliers en marbre d'Italie, des fenêtres en platine et des portes en bois massif d'acajou de Cuba ? Pas vraiment...

Reste la solution la plus probable, celle qui fait le plus de sens, non pas pour les personnes qui résident ici, mais pour celles qui encaissent les loyers, celles qui « investissent » dans les murs : vendre le produit sécurité comme une valeur ajoutée.

Alors évidemment, les hypothèses ne sont rien si elles ne sont pas étayées par les faits. Ça tombe bien, les voici qui arrivent : nous allons dans un premier temps vérifier le taux de criminalité dans la zone concernée, puis regarder si nos bâtiments ne méritent pas d'autres interventions plus urgentes et enfin proposer au propriétaire de s'expliquer tout en l'invitant à nous donner les garanties morales et légales habituelles lorsqu'il est fait usage de caméras de surveillance.

C'est un fait, il y a un taux de criminalité

Même s'il est paisible, cet endroit de la planète n'est pas non plus la petite maison dans la prairie. Charles Ingalls avait autour de lui pas mal moins de béton, de bitume et surtout de voisins.

Voyons voir si justement la haine, la violence et la rage coulent dans les veines de mes voisins. Que nous dit le service de Police ?

Commençons par notre secteur et par le plus grave, le crime contre la personne : 80 en 2015, en baisse de 8 %. En fait, dans la moyenne des 5 dernières années [1].

Le terme « crime contre la personne » ne désigne pas forcément un meurtre. En fait, le nombre d'homicides réussis dans cette agglomération de 420 000 habitants a bondi de 50 % ; passant de deux en 2014 à trois en 2015.

En ce qui concerne les crimes contre la propriété : 400, en baisse eux aussi de 8 % [1].

Voyons voir maintenant les chiffres pour l'agglomération complète, histoire de vérifier que la menace ne viendrait pas des barbares des alentours :

Crimes contre la personne : 3500, stable. Crimes contre la propriété : 8500, en baisse de 4 % [2] ; tout cela dans un contexte où la population a augmenté de 5 % en 5 ans.

Au niveau de la criminalité, et surtout de sa variation, pas de quoi fouetter un chat même dans la rubrique des chiens écrasés.

L'installation de caméras de surveillance autours des logements n'est donc pas le fait d'une augmentation soudaine et effroyable du taux de criminalité.

Le sens des priorités

On se dit que les propriétaires gestionnaires sont des gens sensés. Après tout, leurs bâtiments sont bien tenus, sécuritaires, salubres. Il est donc normal d'ajouter un cran de sécurité. La vidéo-surveillance serait une partie d'un ensemble plus vaste constitué de moyens techniques et réglementaires assurant la tranquillité des biens et personnes.

Beau discours ! Car avant de placer les locataires sous vidéo-surveillance, encore faut-il que dans les faits, sur le terrain, soit appliquées les règles de sécurités et de salubrités dignes de notre siècle !

Faisons donc une visite guidée du domaine afin de voir ce qu'il en est.

Les photographies qui suivent ont été prises pour la plupart entre le 7 et le 15 novembre 2016.

Les couloirs

Justement, à propos de « voir », nous avons eu récemment une coupure totale d'électricité (de mémoire, nuit du 26 au 27 octobre 2016). En fait, 4 des six bâtiments du complexe ainsi que la banque au coin de la rue ont été plongés dans le noir entre 23h et 7h30 environ.

Dans ce cas, il y a un éclairage de secours dans les couloirs. Chez nous, il manquait quelques photons :

Noir total
Le puissant éclairage du système de sécurité incendie (rénové l'année dernière).

Il est à noter que parmi les trois cages d'escalier sans fenêtres permettant de sortir du bâtiment, aucune ne dispose du moindre éclairage de secours. Disons, qu'en cas d'incendie et de coupure de courant, mieux vaudra garder tête froide et se souvenir où est rangée sa lampe de poche.

Sinon, on pourra lorsque lumière sera, admirer le beau tapis rétro dans les couloirs communs. Du pur années 60 jamais nettoyé hormis un coup rapide d'aspirateur une fois aux deux semaines. Je me demande ce qui prend feu le plus vite : les acariens ou leur habitat ?

Tapis dans un couloir
C'est quand même pratique en hiver pour s'essuyer les pieds tout en marchant l'air de rien.

Les escaliers

Hormis l'ascenseur qui doit tomber en panne une bonne dizaine de fois par année, et ne comporte pas de plaque d'identification telle que le règlement l'exige, on peut se risquer dans les escaliers afin de descendre ou monter les cinq étages de l'édifice.

Étrangement, deux de ces issues semblent ne pas avoir été affublées d'un œil inquisiteur. Pour l'une d'entre elles, on comprendra pourquoi : hormis l'aspect peu accueillant de l'endroit, ainsi qu'on peut le voir sur la photo ci-dessous, il y a régulièrement des écoulements d'eau. Du liquide peu recommandable si on en juge par l'odeur absolument nauséabonde qui se propage parfois jusqu'au cinquième étage : imaginez un mélange d'humidité, d'odeur de moisi et d'urine. Le tout arrosé de quelques litres d'eau de Javel quand la situation devient un peu gênante et trop évidente.

Cage d'escalier nauséabonde
Sortie vers la rue ou direction le sous-sol. Ici, pas besoin de caméra de surveillance. L'odeur fait le travail.

Quelques bâtiments ne permettent pas de sortir directement sur le plancher des vaches. Il faut encore se risquer à emprunter un petit escalier supplémentaire. Admirons ici la grosse poutre Louis XIV posée à la rescousse du frêle métal rouillé du siècle dernier. À moins que ce montant n'eut été sectionné par des assaillants sanguinaires... Heureusement, la caméra de sécurité veille.

Un pied d'escalier sectionné
Les assaillants qui essaient de ramper discrètement jusqu'à l'escalier pourraient se faire embrocher par le vestige rouillé qui pendouille.

L'ancien propriétaire avait fait quelques réparations. OH ! Enfin, les plus critiques. Celles qui pouvaient décider de la réussite ou de l'échec de la revente de son « bien » immobilier spéculatif à nos investisseurs suédois. Par exemple, une rampe extérieure à été remplacée par du neuf. Bon d'accord, le béton de dinosaure, ca peut éclater quand on le perce, mais ce n'est quand même pas comme si c'était important.

Cheville goujon pour le béton
Cette tige filetée s'appelle un goujon. Sa position normale est d'être fermement enfoncée dans le béton.
La rampe tient sur rien
Impossible de savoir s'il s'agit de sarcasme, d'incompétence ou de je-m'en-foutisme.

Les façades

En règle générale, une façade sert deux fonctions : technique et esthétique. Les locataires n'étant pas spécialisés en structure de bâtiment peuvent cependant user d'un certain sens critique simplement en observant l'état des murs. Partons du principe que la façade d'un immeuble soit l'équivalent de la vitrine d'un commerce, nous avons ici un vendeur de pièces détachés.

Facade d'immeuble fendue
La façade fendue de part et d'autre des fenêtres. Sans doute à cause des coups de voitures (volées) béliers des malfrats du quartier.

Le pire, c'est qu'on ose réclamer des locataires. Même pas peur !

Crépi qui tombe
On peut se demander si c'est la pancarte publicitaire qui tient au mur ou l'inverse.

La photo ci-dessous correspond à la flèche rouge sur la photo précédente.

Facade d'immeuble écaillée avec vidéo surveillance
Vidéo surveillance suite à du vol de crépi.

Il y a même eu tentative d'effraction à grands coups de marteau et de burin.

Mur troué laissant apparaitre l'isolation du batiment
Le balcon garde les stigmates des violentes attaques.

Mais grâce à nos brillants gestionnaires, le locataire pourra dormir en paix sous l'œil de la caméra et de grosses couvertures.

Caméra survaillant les trous dans le mur
Moins d'isolant, plus de caméras. Logique.
Gros trous dans le mur extérieur
Au moins c'est rassurant sur un point : les murs sont effectivement pourvus d'un isolant quelconque.

Voilà ce qui arrive quand on abuse de la perceuse pour fixer une caméra sur un mur.

Mur fendu mais vidéo surveillé
Caméra en cours d'installation. Ou déjà volée par un délinquant du quartier.

Les entrées

L'entrée principale de notre immeuble a été la seule des six bâtiments à avoir eu le privilège de se faire rénover l'année dernière. Il faut dire que plus personne n'osait emprunter les petits escaliers en bois vermoulus qui donnent accès à la rue, tant ceux-ci étaient devenus glissants.

Les locataires des autres bâtiments ont toujours la joie de déambuler à travers des entrées qui pourraient servir de décor à un film post-apocalyptique.

Ici, grâce à la surveillance vidéo, il n'y a plus de risque de se faire agresser aux portes de l'immeuble. En revanche, on peut toujours attraper le tétanos. C'est quand même mieux.

Mains courantes rouillées
La bourse ou le tétanos !

Une autre méthode pour repousser les indésirables est tout simplement de creuser des tranchées autour de la bâtisse à protéger.

Dalle de béton fendue
Encore un effort (à ne rien faire) et on pourra bientôt y mettre un crocodile.

Sinon, les voleurs peuvent toujours tenter de pénétrer par le garage. Comme pour un château, le maillon faible est sa grosse porte en bois. Surtout qu'il y a des portes plus faibles que d'autres...

Portail du sous-sol
L'entrée du garage maintenant sécurisée par une caméra de surveillance. Il était temps.

En parlant du garage, on pourra admirer, en sortant de l'ascenseur, l'empilement chronique des ordures ménagères. Hormis nos infâmes caméras de surveillance, ce tas d'immondices représente sans doute ce qu'il y a de plus moderne dans nos bâtiments. Une chance que le web ne puisse transmettre les odeurs.

Les ordures s'entassent au sous-sol
Vue du dépotoir du garage depuis la porte menant à l'ascenseur.

La piscine

Et oui ! Nous avons une piscine ! La grande classe ! En fait elle est surtout utile au propriétaire lorsqu'il doit chercher un pigeon locataire. Comme la caméra de surveillance, la piscine est LA valeur ajoutée pour des petites annonces réussies.

Vue sur la piscine
Grâce à la surveillance vidéo, plus aucun risque de se faire voler l'eau de la piscine.
Piscine avec surveillance vidéo
Il sera désormais possible d'avaler du chlore et des morceaux de peinture sous l'œil bienveillant des propriétaires/gestionnaires.

Les accessoires

Accessoire est sans doute le mot qui vient à l'esprit de notre propriétaire/gestionnaire au sujet des fenêtres et thermostats. D'après un retraité du quartier qui a lui-même loué son premier apparemment dans notre bâtiment, ce dernier aurait été construit dans les années 60.

De toute évidence, nous sommes équipés avec les pièces d'origine.

Joints de fenêtres en piteux état
J'ai enfin compris ce que veut dire le terme tirer les joints.

L'avantage d'avoir des fenêtres coulissantes qui n'arrivent plus à coulisser, est qu'elles constituent un excellent système d'alarme anti-intrusion rien qu'au bruit qu'elles émettent lorsqu'on les manipule. Notons aussi les heures de joie à entendre les fenêtres claquer au moindre coup de vent qui a la mauvaise idée de dépasser 60 km/h : bang ! bang bang ! bang !

Rails de fenêtres coulissantes
Gros plan sur les rails des fenêtres autrefois coulissantes.

Enfin, que dire de nos thermostats qui font l'envie de nombreux musées.

vieux thermostat
Observer nos thermostats en se disant qu'Elvis Presley avait les mêmes chez lui...

Non-respect du règlement incendie

Ainsi que relaté en début de chapitre, notre système de sécurité incendie - rénové - souffre de quelques anomalies. Mais si on peut reprocher bien des choses au propriétaire, ce n'est certainement pas son manque de constance pour le non-respect de règles élémentaires. Le règlement sur la prévention des incendies de l'agglomération et accessoirement certains points du règlement de notre bail sont ainsi régulièrement bafoués.

Par exemple, des locataires utilisent leur balcon comme lieu d'entreposage, ce qui contrevient aux deux règlements sus-mentionnés.

Plusieurs font aussi usage d'un barbecue sur leur balcon. Hors, il est stipulé que ces appareils doivent être placés à plus de 60 cm d'une porte ou d'une fenêtre. Vu la taille de la plupart des barbecues et celle de la plupart des balcons et des fenêtres, il est évident que ni le propriétaire ni certains locataires ne respectent ce règlement.

On se demande d'ailleurs si les barbecues sont de toute façon autorisés sur les balcons, car je cite : « Les barbecues sont autorisés dans la cour et la marge arrière du bâtiment. » ; alors sauf à considérer que le balcon est « une marge arrière », ces enfumoirs sont probablement illégaux.

On passera aussi sur le fait qu'un nombre conséquent de bouteilles de propane doivent passer l'hiver dans les casiers du sous-sol, ce qui là encore contrevient au règlement. Ou sur les balcons, ce qui n'est pas franchement rassurant.

Les pompiers qui interviendraient ici pour un incendie ont donc toutes les chances de se trouver nez à nez avec une pile de 4 pneus pour voiture, une bâche en plastique et une bombonne de gaz.

Bref, tout ce dont les combattants du feu ont besoin pour faire au mieux des heures supplémentaires ou au pire un séjour prolongé à l'hôpital dans la section des grands brûlés.

Mais de tout cela, notre propriétaire ultra-sécuritaire n'en a que faire.

Lettre à mon propriétaire

Ce tour d'horizon ne serait objectivement pas complet sans la version de ceux à qui nous donnons près de 11 000 dollars chaque année. J'ai donc posé quelques questions au propriétaire/gestionnaire, à commencer par la plus simple :

7 novembre 2016.

Pourrait-on savoir pour quelle(s) raison(s) vous installez des caméras de surveillance sur les immeubles des « jardins Saint-Lambert », en ce qui nous concerne, le 1550 Avenue Filion à Saint-Lambert.

Face à mur de silence qu'on aimerait retrouver dans nos appartements si l'insonorisation ne dépendait pas de l'épaisseur de la couche de peinture blanche, je réitère l'opération trois jours plus tard. Un délai raisonnable puisqu'un être normalement constitué, même en personne morale, devrait savoir pour quelle raison il fait ce qu'il fait.

10 novembre 2016.

Je vous ai envoyé lundi dernier une question au sujet des caméras de surveillance que vous avez installé aux Jardins Saint-Lambert; (1550 Avenue Filion et les autres batiments ; à St-Lambert.)

Sans réponse de votre part, trois jours devrait être suffisant, ma question n'était sans doute pas assez précise, alors voilà :

    • 1) Quelle est la justification de l'installation de ces caméras de surveillance ?
    • 1-a) Y a-t-il eu des actes d'agression ou de vandalisme dans ou autours des bâtiments et pouvant être corroborés par des rapports de police ?
    • 1-b) Ou y a-t-il eu une recrudescence notable d'actes malveillants vous permettant de penser que ces dispositifs pourraient les écarter ?
  • 2) Combien de temps ces caméras seront-elles en service (24h, le jour uniquement, la nuit uniquement, etc) ?
  • 3) Quel est leur champ de vision, est-ce qu'elles vont filmer les entrées très directement ou bien ont-elles un champ plus élargi ?
  • 4) Où sont les écriteaux réglementaires qui doivent prévenir les gens qu'ils sont placés sous surveillance vidéo ?
    • 5) Vie privée
    • 5-a) Est ce que ces caméras permettent d'identifier une personne, dans le sens où les visages sont parfaitement reconnaissables quelle que soit la méthode employée ?
    • 5-b) Est ce que les données recueillies sont enregistrées ?
    • 5-c) Si oui, combien de temps sont-elles conservées ?
    • 5-d) Si oui, qui gère les données enregistrées ?
    • 5-e) Si oui, qui y a accès ?
    • 5-f) Si oui, où ces enregistrements sont-ils conservés, notamment, sous la juridiction de quel pays ?

Merci de bien vouloir répondre à ces questions légitimes.

Comme quoi tout réside dans l'art de formuler ses questions, nous avons reçu une réponse. Enfin presque :

10 novembre 2016.

J'ai transmis votre message auprès du gérant du propriété.

Le gérant de la propriété ? Quelque chose m'échappe. Un peu comme si on demandait à son boucher d'où vient sa viande et qu'il répond avoir transmis la question au boucher. C'est dans ces moments qu'il devient clair que l'entité en face de vous n'a absolument pas le désir de collaborer. Ce qui m'incite à persister.

14 novembre 2016.

Il me semblait que lorsqu'on envoie un courriel à montreal@akelius.ca, on envoie de ce fait un message au gérant de nos immeubles. Alors si ce n'est pas le cas, il serait bien de savoir à qui on doit parler de ce problème et sous quel délai nous devrions recevoir nos réponses. Il s'agit uniquement de questions que Akelius devrait avoir du se poser avant même l'installation des caméras.

Bon. Silence radio le plus total de la part des gestionnaires. On a déjà vu des surprises plus surprenantes. J'envoie donc un message de rappel (ou une bouteille à la mer, selon le niveau de poésie qu'on veut donner à la démarche.)

22 novembre 2016.

Le 7 novembre, je vous ai envoyé un courriel pour vous demander quelles sont les raisons de l'installation de vidéo-surveillance dans et autour des bâtiments.

Courriel resté sans réponse.

Un peu plus tard, je vous ai envoyé un autre courriel avec des questions précises mais encore restées sans réponse.

Nous sommes le 22, soit plus de deux semaines depuis ma question initiale et je veux juste ici mettre les choses au point :

1) Répondre aux interrogations de vos locataires au sujet de la vie privée n'est pas pour vous une option. C'est une obligation.
2) Sans réponse de votre part d'ici la fin de la semaine, j'entamerai les procédures adéquates, notamment - mais pas uniquement - auprès du Commissariat à protection de la vie privée du Canada. Soyez également assuré de ma bonne publicité.

Accessoirement, si toutefois la sécurité de vos locataires vous importe réellement, je vous suggère d'installer les tapis d'hiver dans le sas de l'entrée principale. Cela évitera que des gens se fendent le crâne sur le carrelage rendu glissant, comme cela a presque été le cas pour notre enfant hier après-midi. Je vous rappelle qu'il y a encore beaucoup de personnes âgées dans ce bâtiment et ce n'est pas vos caméras qui vont les attraper par la main.

Le mystère est résolu. La personne qui devait me répondre était en fait en vacances. Vraiment pas de chance, surtout en plein mois de Novembre. J'ai donc eu droit à une sorte de réponse bateau (de croisière).

25 novembre 2016.

Désolé pour le retard, je viens de rentrer lundi de vacances et j'ai rattrapé tous mes emails.

Akelius a décidé d'installer des caméras de sécurité dans les entrées de tous les bâtiments. C'est pour la sécurité de nos locataires. Vous pouvez ou ne pas avoir entendu dire que nous avons eu quelques incidents de bris de pouce. Cela a été demandé par de nombreux locataires.

J'ai déjà mis l'ordre de travail pour un tapis d'entrée à installer. Il devrait être fait d'ici la fin de la semaine prochaine.

N'hésitez pas à me contacter pour de plus amples informations.

Nous voilà donc avec des problèmes de pouces brisés. La mafia locale est vraiment vicieuse.

Je demande donc quelques explications sur ces pouces brisés. Puisque nous sommes maintenant le 2 décembre et que je n'ai pas eu de réponse, force est de constater que le monologue s'arrête ici.

Le 5 décembre j'ai envoyé une plainte au Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, dont la réponse a été ultra-rapide. Extrait :

[...] la LPRPDE s'applique aux activités commerciales des organisations dans toutes les provinces, sauf les organisations qui recueillent, utilisent ou communiquent des renseignements personnels en Alberta, en Colombie-Britannique et au Québec. Dans ces cas, c'est la loi provinciale [...] qui s'appliquera [...]. [...] votre allégation porte sur un événement qui s'est produit au Québec, la LPRPDE n'a pas compétence.

En résumé, puisque la province du Québec a une loi similaire à la loi fédérale, c'est au Québec que l'affaire doit se résoudre.

Sauf que les données captées par les caméras peuvent être expédiées en Ontario où ailleurs. De plus, le gestionnaire de nos bâtiments est bien enregistré au registre des entreprises du Québec mais avec deux adresses ; l'une en Ontario, l'autre au Nouveau-Brunswick. Il me semblait donc que le fédéral devrait s'intéresser à cette affaire. De toute évidence, ce n'est pas le cas.

Donc, rebelote au niveau de la Province. Ma plainte a été expédiée le 12 décembre 2016 à la Commission d’accès à l’information du Québec. Les joies du fédéralisme.

Pas de nouvelles en date du 15 janvier 2017. Même pas un accusé de reception, sinon celui de Postes Canada...

Chèque, Mensonges et Vidéo

L'efficacité de la vidéosurveillance à des fins sécuritaires n'a jamais été démontrée. Les parlements, les commissions, les municipalités, les journaux, tous croulent sous des rapports, études (voir ici à partir de la page 9) ou articles ici ou qui décrivent la surveillance vidéo comme étant couteuse pour des résultats plus que médiocres.

Pourtant, on persiste à installer des caméras de partout. De l'acharnement thérapeutique jusque devant les portes de nos logements.

Dans le cas qui nous intéresse ici, on aura vu qu'il n'y a aucun lien avec la criminalité. De plus, vu l'état de délabrement manifeste et l'insalubrité de nos bâtiments, dire que l'installation de caméras de surveillance est totalement inappropriée relève de l'euphémisme. Inutile, abscons, idiot seraient des qualificatifs beaucoup plus appropriés.

Ou bien le propriétaire est un très mauvais gestionnaire et la mise en place de vidéo-surveillance révèle une certaine incompétence, ce qui serait surprenant de la part de gens qui achètent et revendent des propriétés de plusieurs millions de dollars comme d'autres des voitures d'occasion. Ou alors la vérité est encore ailleurs : cette vidéo-surveillance a une autre finalité que celle pour laquelle elle est prévue.

Force est de constater que c'est cette dernière piste qu'il faudra retenir. On vend de nos jours la sécurité comme on vend des boites de conserve. La surveillance vidéo fait encore mieux. C'est la pochette-surprise dans la boite de céréales. Le gadget en plastique qui donne au consommateur l'illusion d'en avoir un peu plus pour son argent. Dans le cas des caméras dans les logements locatifs, c'est la supercherie la plus totale.

Ainsi, les propriétaires immobiliers manient avec expertise l'art de déplacer les problèmes de sécurité qu'ils créent eux-mêmes en ignorant les vraies menaces, notamment celles reliées aux incendies et à la salubrité. En inventant une terreur externe inexistante, ils créent ainsi l'illusion d'être de bons gestionnaires qui s'occupent de leurs locataires.

En somme, une subtile manœuvre qui permettra d'exiger un loyer substantiellement plus élevé : le prix d'entrée de ce cirque livrant un spectacle de piètre qualité sera de toute façon payé par des locataires crédules prêts à se faire filmer en maillots de bain pour une simple apparence de sécurité.