Pour plus de démocratie veuillez envoyer la requête à Mark

Se connecter à un site équivaut la plupart du temps à lancer des dizaines de requêtes vers d'autres sites ou « ressources », sans que les internautes en soit conscient. Pour les éditeurs de site web, tous les prétextes sont bons afin de justifier l'établissement de connexions externes, même les plus abscons.

Le bouton Facebook

En décembre 2016, toutes les boites aux lettres canadiennes ont reçu un petit carton du gouvernement, invitant les citoyennes et citoyens à se prononcer sur la démocratie au Canada.

Et pour ce faire, l'internaute éprit de liberté devait visiter le site spécialement conçu pour cette grande occasion : www.MaDemocratie.ca

Évidemment, comme à chaque fois qu'un gouvernement fait semblant de promouvoir et pratiquer la démocratie directe, le processus entraine soit une grande déception, soit la risée générale, mais plus souvent les deux en même temps. Je ne vais pas m'étendre ici sur les questions idiotes ou biaisées de ce questionnaire, d'autres l'ont fait.

Il y a tout aussi grave, plus pernicieux et troublant : l'omnipotence du bouton Facebook.

La crétinerie des éditeurs de site

Je me suis donc empressé d'aller donner mon opinion sur la démocratie canadienne, mais mon navigateur a fait chou blanc, au sens propre comme au sens figuré : le site me présentant une page vierge.

Pas de panique, je suis habitué à ce qu'il manque souvent quelques ressources grâce au bloqueur de requêtes uBlock Origin.

Page web blanche
Bien que la connexion vers le domaine mademocratie.ca soit autorisée, c'est le vide total.

Comme d'habitude, je débloque uniquement les ressources qui semblent permette telle ou telle fonction technique, ici rien de primordiale, pas même Cloudflare. Les autres (Google et Facebook) ne servent strictement à rien pour le visiteur. Enfin, normalement.

Hors, dans ce cas, la page restait désespérément blanche et vierge comme la neige qui tombe du ciel alors que j'écris ces lignes.

Finalement, voici la requête à débloquer afin que le site s'affiche dans le navigateur :

Site accessible uniquement si la ressource vers facebook est débloquée
Le site apparaît uniquement si la requête vers Facebook est débloquée (case grise, 3e ligne en partant du bas).

facebook.net est habituellement associé à une fonction de partage (bouton J'aime ou Partager sur Facebook) ou de connexion lorsque un site permet à un visiteur enregistré d'utiliser ses identifiants Facebook (une belle connerie). Quand on analyse un bouton de ce type, il y a dans son code une URL de type //connect.facebook.net qui pointe vers un fichier Javascript.

Hors, ici, point de bouton de ce type. En tout cas rien de visible. Sauf à la fin du sondage où, comme on devait s'y attendre, on peut dire à ses amis Facebook quel genre de démocrate on est, aussi facilement qu'on partage son horoscope du jour.

Le bouton facebook est à la fin du sondage
Remarquons sur ce site du gouvernement canadien fait pour les Canadiens, la belle brochette des requêtes made in USA. 6 sur 8.

Cette requête vers un domaine de Facebook, obligatoire si on veut participer au sondage, est tout aussi inutile que dangereuse.

Inutile, car elle n'a aucune fonction technique primordiale. Il y a bien des façons de partager une page si on le veut, sans foutu facebook.net. D'ailleurs, si tous les sites devaient afficher une page blanche lorsque la requête d'un bouton Facebook est bloquée, le web serait tout simplement évaporé !

Dangereuse, car on sait que les boutons J'aime ou de partage sont une façon pour Facebook de pister les visiteurs qui ne sont pas membre de son réseau ou qui naviguent en mode « déconnecté ».

Et enfin, surtout dangereuse car ce site démontre qu'un simple bouton Facebook peut permettre de pratiquer la censure : si tu veux participer à la démocratie canadienne, tu dois accepter que Facebook soit au courant. De gré ou de force ; souvent sans le savoir si on n'utilise pas un bloqueur de requêtes.

Pourtant, même les Chinois sont parfaitement au courant qu'une ressource vers facebook.net peut facilement mener à une page blanche.

Conclusion

Pour censurer un site, rien ne sert d'utiliser des techniques complexes. Un simple bouton Facebook peut faire le boulot à moindres frais.